IA : disposer d'une réponse sans apprendre ce qui permet de la produire

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L’IA introduit une situation historiquement assez singulière : elle permet d’obtenir du savoir formulé sans avoir parcouru le chemin cognitif qui permet normalement de l’acquérir. Jusqu’ici, l’accès à une réponse exigeait souvent une part du travail d’apprentissage : chercher, sélectionner, lire, confronter, mémoriser, reformuler. Avec une IA générative, une grande partie de ce parcours peut être court-circuitée.

Mais il faudrait peut-être dire plus précisément : on peut désormais disposer d'une réponse sans apprendre ce qui permet de la produire. Ce n’est pas exactement « savoir sans apprendre ». Une information obtenue n’est pas nécessairement devenue un savoir de la personne. Elle peut rester un savoir accessible, extérieurement disponible, sans devenir une capacité intérieure.

On pourrait ainsi distinguer quatre niveaux :

1. Obtenir : je peux recevoir une réponse correcte.
2. Savoir : je peux la retrouver ou la restituer sans assistance.
3. Comprendre : je peux expliquer pourquoi elle est correcte, en reconnaître les limites et la transférer à une situation nouvelle.
4. Savoir-faire : je peux produire moi-même le raisonnement ou l’action correspondante.

L’IA peut considérablement augmenter le premier niveau tout en laissant les trois autres presque intacts. C’est probablement là que se situe le problème pédagogique fondamental.

Il existe toutefois une lecture inverse. L’écriture, le livre, les tables mathématiques, les bibliothèques, puis les moteurs de recherche avaient déjà externalisé une partie de la mémoire. L’humanité n’a pas cessé d’apprendre pour autant : elle a déplacé ce qu’il était nécessaire d’apprendre. Avec l’IA, le déplacement est simplement beaucoup plus profond, parce qu’on n’externalise plus seulement la conservation ou la recherche du savoir, mais une partie de sa mise en forme raisonnée.

La question devient alors moins : « Peut-on savoir sans apprendre ? » que : « Que faut-il désormais apprendre lorsque la production d'une réponse ne nécessite plus nécessairement de savoir la produire soi-même ? »

C’est là que votre notion de capacitation devient particulièrement pertinente : le critère éducatif

  • ne serait plus la quantité de réponses que la personne possède,
  • mais l'accroissement de sa capacité autonome de jugement, d'interrogation, de vérification et d'action.

Autrement dit, le risque propre à l’IA pourrait se formuler ainsi : confondre l’augmentation de l’accès au savoir avec l’augmentation de la capacité de savoir.